Edito : Paris végétalise ses toitures, le Loiret artificialise ses champs

Maxime Buizard Blondeau, président Jeunes Agriculteurs du LoiretLe 26 octobre dernier, un important projet de panneaux photovoltaïques au sol était révélé par notre quotidien départemental. On y lit que 90.000 panneaux, soit 42 hectares, vont être installés dans le Giennois. Cette énergie mettrait « tout le monde d'accord ». Nous avons patiemment attendu quinze jours, espérant une réaction des élus locaux, de l'administration ou des associations de défense de la nature. Malheureusement rien !

Par l'utilisation énergétique des sous-produits, l'implantation raisonnée d'éoliennes et la construction de méthaniseurs, les agriculteurs prennent leur part au développement des énergies renouvelables. Et nous sommes les premiers installateurs de panneaux photovoltaïques sur les toits de nos hangars et bâtiments de production. Quelle logique à couvrir ces terres arables ? Une logique purement financière. Il n'y a derrière ce projet et les nombreux autres à venir, que le seul intérêt pécunier. Oui, les panneaux solaires rapportent plus au propriétaire qu'un fermage. Et alors ?

Devons-nous convertir toutes nos exploitations en « fermes énergétiques » ?
Il y a quelques mois, le Premier ministre engageait le gouvernement vers l'objectif de zéro artificialisation des terres agricoles d'ici 2050. Un bien beau discours qui ne correspond pas aux actes. Alors, Mesdames et Messieurs les élus, ayez une vision à long terme ! Que deviendront ces panneaux dans vingt ans ? Qui se chargera de les retirer et les recycler ?

Qui gagnera le plus, le territoire ou des multinationales ? Il y a suffisamment de toitures sur les centres commerciaux et les zones d'activités du Loiret pour accueillir des centaines d'hectares de panneaux solaires. Les futurs bâtiments des zones d'activités en développement, qui ont pris de manière irréversible notre terre, sont bien plus adaptés que nos champs. Vous avez la possibilité, même l'impératif moral, de le prescrire dans vos Plans locaux d'urbanisme. Commençons par couvrir tous les bâtiments et parkings avec des panneaux photovoltaïques et après nous pourrons discuter de l'utilisation de nos champs.

Maxime BUIZARD BLONDEAU, président JA Loiret

(Edito paru dans le Loiret Agricole et Rural du 9 novembre 2018)